L'euthanasie animale

Dr Muriel Alnot 11 juin 2019 37146 0 Laisser un commentaire
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L'euthanasie animale

Sujet éthique toujours difficile à aborder, même pour un soignant, l’euthanasie pose de nombreuses questions aux familles dont l’animal est un membre à part entière, notamment pour expliquer des concepts difficiles aux enfants et a fortiori également aux humains qui vivent à deux avec leur animal comme seule compagnie.

Qu’est-ce que l’euthanasie pour nos animaux de compagnie ?

L’euthanasie, du grec ancien eu = bonne et thanatos = mort, est un acte médical qui permet d’abréger la vie des animaux en cas de souffrance insupportable ou que l’on ne sait pas guérir. Elle sert à éviter l’acharnement thérapeutique qui garderait l’animal dans des conditions de vie inacceptables. En résumé, c’est une mort qui se veut douce lorsqu’il n’y a plus aucune solution pour empêcher votre animal de souffrir ou lorsque celles-ci sont inapplicables.

Cet acte médical est en général pratiqué en deux temps :

  • Le vétérinaire commence par endormir doucement votre animal avec une première injection de sédatif. Il pratique en général une deuxième injection qui arrête son cœur.
  • Le vétérinaire peut vérifier également l’arrêt cardiaque à l’aide d’un stéthoscope.

Les causes possibles amenant à une euthanasie de son animal

  • Un animal blessé pour lequel on ne peut rien faire car le traumatisme est trop important et non récupérable (accident de la route pour lequel votre chat aurait perdu trop de sang - hémorragie interne - avant d’être pris en charge) ;
  • Une maladie incurable et ne permettant pas de lui éviter la douleur (cancers etc…) ;
  • L’âge, lorsque la décrépitude physique est trop avancée. La surdité, une cataracte ou des raideurs de démarche ne sont pas des motifs suffisants. Le praticien évalue avec vous si votre animal souffre sans amélioration possible et dispose de certains traitements équivalents à ceux de l’être humain en cas de douleur (morphiniques etc) ;
  • Enfin la loi « chien dangereux » oblige parfois chien de catégorie ou qui a mordu à être euthanasié après une évaluation défavorable.

Les mauvaises raisons de demander l’euthanasie pour un animal

Parfois certains « propriétaires » ont des motifs inacceptables que le vétérinaire n’acceptera pas comme par exemple :

  • « sans moi mon animal ne peut être heureux et je ne peux pas le garder » : non, même si l’attachement est important, la projection que l’être humain fait de ses propres sentiments en niant à son animal la possibilité d’être heureux sans lui est tout simplement égoïste, et la demande doit être rejetée ;
  • Le décès du propriétaire ;
  • La douleur qui peut se traiter (au risque de créer des effets secondaires) « il souffre mais si on augmente la dose d’anti-inflammatoires on va lui abîmer l’organisme alors mieux vaut arrêter tout de suite» On peut laisser un animal souffrir (un peu) pour le faire vivre un peu plus longtemps (peut-être) mais pourquoi lui imposer ça si l’on a les moyens et techniques pour qu’il ne souffre pas ? Quitte à ce qu’il vive un peu moins longtemps ? Le sujet doit être abordé avec le praticien en cas de douleur et il ne faut pas hésiter à poser toutes les questions dont vous avez besoin pour comprendre ou faire comprendre à vos enfants les choix possibles pour votre animal.

Que ressent votre animal ? Sait-il que ce moment est le dernier ?

On ne sait pas.

Aujourd’hui, il est probable que l’animal se sente partir mais pas forcément qu’il ait la conscience qu’il n’en reviendra jamais.

De nombreux propriétaires ne veulent pas assister à ces derniers instants. Il est pourtant difficile de croire qu’un animal ne se sentira pas mieux pour partir dans les bras de son maître, et faute d’être euthanasié à domicile, mourir dans un endroit inconnu peut être allégé si son humain est là pour l’assister…

En ce qui concerne la présence des enfants, le choix en incombe aux parents bien sûr ; il doit être adapté à l’âge et à la sensibilité de chacun. Dire la vérité et parler de la mort est souvent le meilleur choix. L’enfant n’ayant évidemment pas le même affect qu’un adulte, il recherche souvent à comprendre ce qui arrive à l’animal : ce n’est pas une explication détaillée que les enfants attendent ; les psychiatres conseillent en général de répondre le plus simplement et doucement possible, et seulement aux questions qui sont posées par l’enfant.

Et après ?

Des services de crémation individuelle ou collective existent, le choix de la crémation individuelle permettant de récupérer les cendres de son animal dans une urne décorative ou pour être dispersées ensuite.

Un rituel funéraire peut parfois aider à faire le deuil pour les enfants et les adultes. Chacun est libre de ses choix, il n’y a pas de méthode idéale ou universelle.

Attention cependant, le corps d’un animal ne peut être enterré n’importe comment !

Des règles assez strictes sont à respecter : profondeur, distance des habitations, des points d’eau, usage de chaux vive… Renseignez-vous à la mairie de votre domicile.

Quand reprendre un nouvel animal ?

Il n’y a pas de règle non plus. Tout dépend de la sensibilité de l’être humain concerné. Même avec un changement de race ou d’espèce, l’être humain a tendance à comparer le nouvel individu avec l’ancien et à parer ce dernier de toutes les qualités lorsqu’il a disparu. Le temps d’acceptation et du deuil entre deux animaux varie également en fonction des sensibilités : en reprendre un très vite n’est pas forcément LA solution…

Dr Muriel Alnot, vétérinaire et rédactrice

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