L'équithérapie

  • L'équithérapie

​L'équithérapie​, qu'est-ce que c'est ?

L’équithérapie (ou hippothérapie) c'est soigner par le cheval des êtres humains de tous âges et selon leurs difficultés psychologiques, depuis le manque de confiance en soi jusqu’à des troubles psychiques plus graves comme l’autisme ou les différentes formes de schizophrénies.

Pourquoi utiliser le cheval comme aide thérapeutique ?

Comme toutes les proies, le cheval est dominé par ses sens. Il est d’une sensibilité extrême à tout ce qui l’entoure, un véritable « miroir des émotions ».

C’est le seul animal domestiqué qui allie cette sensibilité au fait de pouvoir le monter.

Quel est l'avis d'un expert sur l'équithérapie ?

Pour avoir un éclairage plus professionnel, nous sommes allés interroger Mme Claire Masson, éducatrice spécialisée travaillant avec des autistes depuis plus de 15 ans et utilisant l’équithérapie avec ces enfants ou jeunes adultes (chevaux, poneys, ânes) :

« La prise en charge thérapeutique par le cheval se base sur des échanges corporels, émotionnels et transférentiels. Si l’on part du principe que, avant toute symbolisation, la saisie du réel s’opère par l’individu sur un mode gestuel et moteur, l’intérêt de l’utilisation du cheval prend déjà une valeur thérapeutique indéniable. Le cheval, animal perméable et réceptif aux émotions, affects, projections et transferts, utilise tous ses canaux sensoriels pour communiquer et réagir en être sociable.

Je cite ici les ouvrages de la Société Française d’Equithérapie, et dans ce document il est stipulé que l’auteur se base sur l’exemple de la schizophrénie mais estime que cette thérapie permet aussi de faire progresser les personnes présentant d’autres pathologies.

L'équithérapieTout d’abord, l’aspect fondamental est le fait de communiquer avec le cheval sans le langage propre aux humains et par la même de revenir à une communication infra-verbale où il importe de décoder. L’animal a, en effet, bien plus à nous apprendre au sujet de la communication par le corps, les sens et ses capacités à détecter les émotions, l’humeur et l’état d’esprit de l’autre que quiconque. Ainsi la communication sensorielle qu’instaure le cheval avec le sujet ouvre à la découverte de son corps, de ses sensations corporelles qui sont à la base et constituent le support de l’émergence du sentiment identitaire.

Ensuite, le cheval communiquant avec ses sens sur un mode corporel, l’équithérapie fait appel aux capacités de communication archaïque, qui est sensorielle, non intellectualisée et authentique. Par ailleurs, la prise en charge permet de découvrir à travers le contact avec l’animal, son corps, ses sensations et de donner des représentations vécues des limites corporelles chez le patient. Le thérapeute nommera et distinguera les différents sens utilisés et donnera, par la parole, du sens aux échanges entre le patient et le cheval.

Evoquons maintenant la question du « Holding » et du « Handling », notions créées par D.Winnicott, le premier serait selon lui la façon adéquate qu’a une mère de manipuler son enfant et de maintenir physiquement et psychiquement son enfant qui se trouve en état de dépendance absolue (état fusionnel). Dans le travail monté (patient à cheval), le sujet, grâce aux phénomènes de portage, de balancement, bercements offerts par le mouvement entre dans la dimension Holding, la dimension Handling se concentrant davantage autour des soins préalables et du travail au sol à travers le contact.

Etant donné que ces différents principes permettent de mieux intégrer les limites corporelles, le patient peut mieux sentir son « Moi-peau » et à partir de là être plus à même de distinguer le dedans et le dehors, le monde interne et externe, faire la distinction entre le Soi et le non-Soi. Le thérapeute et le cheval pourront alors aider le patient à progresser pour sortir du stade dans lequel il est resté bloqué.

C’est pourquoi il est fondamental que chaque séance soit re-parlée après-coup, afin de permettre au patient la mise en mots des expériences qu’il a vécues, des émotions qu’il a ressenties et de la séparation dans une visée intellectualisante. Evidemment, malgré la difficulté liée au fait d’accepter que c’est terminé, le patient vivra mieux la séparation grâce aux mots du thérapeute, qui ne manquera pas de lui rappeler la permanence des séances (ce qui le rassurera et apaisera ses angoisses).

Force est de constater qu’il se joue donc une situation triangulaire et cette structure permet de rejouer une situation oedipienne et là, seulement un thérapeute sait prendre en considération ce que rejoue le patient et lui permettre d’en prendre conscience et de cheminer à partir de cela. Bien entendu, la notion de plaisir, d’expérience de réalité, de transfert et de projection sont importants mais ici la liste n’est pas exhaustive.

Nous voyons donc que l’Equithérapie permet d’acquérir de l’autonomie, de développer sa confiance soi, prendre conscience de son corps dans sa globalité, dans son fonctionnement, accepter de l’habiter, prendre conscience de l’Autre dans une dimension autre qu’une relation de besoin, s’ouvrir à une communication inter-individuelle, mieux vivre dans son état d’être, autant de progrès rendus possibles par le contact avec ce medium qu’est le cheval et l’accompagnement d’un thérapeute formé à ce travail spécifique. »

Merci Claire Masson pour cet éclairage passionnant !

Dr Aude Lhérété, vétérinaire et rédactrice

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