La mutation du gène MDR1 chez le chien

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​MDR est un acronyme qui chez le chien correspond à un gène Multi Drug Resistance. Il correspond à une sensibilité médicamenteuse existant dans quelques races de chiens pour lesquels l’administration d’un certain nombre de médicaments est toxique voire mortelle. La connaissance de cette mutation découverte en 2001 permet aujourd’hui de sauver de nombreux chiens.

Qu’est-ce que la mutation MRD1 ?

MRD1 est un gène qui « code » pour une glycoprotéine (P-gp) permettant de faire barrière à des molécules toxiques au niveau cérébral.

Lorsqu’il est muté, le gène MDR1 rend inactive la protéine correspondante permettant d’éviter la toxicité d’un certain nombre de molécules. Si le gène est muté, cette protéine ne fonctionne plus et les molécules concernées ont des effets neurotoxiques dramatiques sur le cerveau de certaines races de chien. La barrière hémato-méningée n’est plus protectrice et les molécules médicamenteuses toxiques pénètrent et s’accumulent. Le chien atteint est vulnérable face à ces molécules. La gravité de l'intoxication dépendra de la molécule, de sa quantité dans l’organisme, de la race et de l'âge du chien. 

Quelles sont les races sensibles ?

Ce sont des chiens appartenant à des races bergères comme :

Races

à risque modéré

à risque fort

Colley

45%

40%

Berger Australien

43%

11%

Shetland

37%

10%

Berger Blanc Suisse

25%

1%

Bobtail

7%

N.C.

Border Collie

3%

0,1%

Source : ​Antagen

Comment savoir si votre chien est porteur de la mutation MRD1 ?

S’il fait partie des races dites à risque, votre vétérinaire peut réaliser un test avec un prélèvement envoyé à un laboratoire qui recherchera le gène MDR1 et l’existence d’une mutation le concernant. Des kit de prélèvement sont disponibles (par exemple chez Cerbavet ou Antagen), à partir d’un prélèvement buccal (frottis réalisé par une brossette) ou d’un prélèvement sanguin.

Statut Génétique

Activité de la protéine MDR1-PGP

Risque d'intoxication lié à MDR1

Homozygote normal

MDR1 (+/+)

100% active

Aucun

Hétérozygote

MDR1 (+/-)

50% active

Chien sensible Risque modéré

Homozygote muté

MDR1 (-/-)

0% active

Chien sensible Risque fort

Source : ​Antagen

Quelles sont les molécules toxiques pour les chiens porteurs de cette mutation ?

Pour eux certains de ces produits sont totalement interdits et d’autres à donner avec des précautions d’emploi obligatoires, ce sont notamment : 

  • Des antiparasitaires qui sont dangereux pour les chiens porteurs de la mutation MDR1 : les néonicotinoides, les lactones macrocycliques (l’ivermectine le plus connus , mais aussi la moxidectine, la milbémycine… c’est à dire les produits Milbemax, Program, Advocate…), l'émodepside (Profender) et le spinosad (Comfortis) 
  • Des antibactériens : spiramycine, metronidazole
  • Des sédatifs : acépromazine, butorphanol, morphine…
  • Des produits pour les soucis digestifs, antidiarrhéiques ou antivomitifs : dompéridone, métoclopramide, lopéramide, cimetidine, ranitidine…
  • Des médicaments de cardiologie : diltiazem, digoxine, quinidine…
  • Des anticancéreux : vincristine, vinblastine (ces derniers sont à donner avec précaution)

Quels sont les symptômes liés à la prise des médicaments interdits sur un chien porteur de la mutation MDR1 ?

Il s’agit de symptômes dits « neurologiques » principalement : tremblements, convulsions, salivation importante (ptyalisme), un manque de coordination motrice (ataxie), une dilatation pupillaire (mydriase), mais aussi des effets cardiaques (bradycardie), des effets digestifs…en fonction du niveau d’atteinte.

Est-ce que cela se soigne ?

Cela se soigne très difficilement et l’issue dépend de la dose absorbée, c’est-à-dire du niveau d’intoxication.

Si l’on sait que le chien a avalé le médicament par erreur, avant l’apparition de symptômes et sur avis du vétérinaire, on peut le faire vomir (injection réalisée par le vétérinaire) et lui administrer un adsorbant comme le charbon actif pour éliminer au mieux le toxique, ou le laver dans le cas d’antiparasitaires externes (pipettes) ou spray 

Généralement les chiens atteints sont hospitalisés plusieurs jours, voire des semaines, en fonction de l’atteinte, pour des soins intensifs.

Faites tester votre chien et signalez sa mutation s’il en est porteur : si vous le perdez, une médaille gravée mutation MDR1 ou un sticker sur son collier peuvent lui sauver la vie !

Dr Muriel Alnot, vétérinaire et rédactrice

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2 commentaires Rédiger un commentaire
Françoise 6 février 2020 à 17:48
Petite précision : l'ivermectine est l'un des vermifuges les plus employés, en particulier pour le bétail et les chevaux. De plus, elle est rémanente jusqu'à 6 mois dans un crottin de cheval par exemple. Prudence donc : la consommation par le chien d'un banal bout de crottin au bord du chemin peut s'avérer dramatique.

J'ai la chance d'avoir un Berger Australien qui, testée à 3 mois, s'est avérée homozygote normale. Quelle n'a pas été ma surprise d'entendre quelques mois plus tard un éleveur local me dire qu' il n'y avait " aucun intérêt à tester les parents puisque de toutes façon les chiens seront tous malades" !!!!! Exigeons les bonnes informations de la part des éleveurs afin d'enrayer le massacre de cette race par la mutation MDR1 et l'épilepsie et boycottons ceux qui contribuent à la mise au monde des chiens potentiellement malades !
L'équipe vétérinaire Dogteur 4 mars 2020 à 17:52
La remarque est parfaitement pertinente, la précision plus complexe !

Cette rémanence dépend de la dose administrée, de la galénique (forme du médicament), de l’espèce traitée, du sol, de la température, de la date d’émission des crottins ou des bouses de vaches…

En voici quelques éléments, selon les données extraites d’une thèse vétérinaire au sujet de sa rémanence dans les bouses de vaches.

L’ivermectine est sensible à la lumière. Selon une étude elle se dégrade pour moitié à la surface d’une étendue d’eau sous un ciel clair à 40° de latitude nord en 12h en été, 39h en hiver. Sur une surface en verre, l’ivermectine (sous forme de film) la même dégradation se produit en 3h.

En revanche, à l’abri de la lumière, elle peut rester stable beaucoup plus longtemps. Par exemple à l’obscurité dans les bouses de vache elle se dégrade pour moitié en à 93 à 240 jours à 22°C. D’autres auteurs parlent d’une absence de dégradation dans des bouses 45 jours après émission (Sommer et al, 1992), et certains (Suarez et ses collaborateurs) donnent une mesure de 13μg/kg dans des bouses émises 27 jours après un traitement sous-cutané à 200μg/kg, et qui seraient restées 180 jours dans l’environnement.

En outre l’ivermectine est très peu soluble dans l’eau et est particulièrement bien liée aux particules organiques du sol. Dans un milieu composé à 50 /50 d’eau et de terre, on retrouve 99,7% de l’ivermectine liée aux particules du sol, et seulement 0,3% en suspension. On peut donc même craindre une accumulation de la molécule dans le sol.

Bonne journée